Au commencement… Défis de l’abstraction pour une relecture en couleurs de la Bible hébraïque

Fin octobre 2019, Les Editions Diane de Selliers publient leur merveille de l’année. Colorée, poétique, philosophique, une nouvelle traduction française de la Bible hébraïque, ou plutôt des 11 premiers chapitres de la Genèse, par Marc-Alain Ouaknin, philosophe, rabbin et écrivain. Une première traduction en français du 21e siècle à partir de l’hébreu proposée par l’association IRETS Targoum.

Jongleur-traducteur, il égrène les mots, les soupèse, tourne et retourne les versets pour en chercher le sens actuel et le sens éternel. Héritier d’une longue tradition de traducteurs, il offre dans cet ouvrage, une approche à la fois audacieuse et posée.

Un récit d’abord

qui plonge dans les mythes fondateurs, les rencontres de civilisations pour raconter l’espérance universelle et la construction complexe de la société humaine. Un message parfaitement illustré par l’art abstrait qui l’accompagne avec cette prise de distance nécessaire, loin de la « compréhension immédiate » car « l’art abstrait est un outil qui permet de questionner l’œuvre » explique Marc-Alain Ouaknin. Une façon d’appréhender le monde comme la tradition juive de l’exégèse biblique, qui se nourrit d’interprétations toujours renouvelées, loin du dogme et de la pensée unique. Comme deux questionnements en dialogue, cette nouvelle traduction et ces œuvres abstraites se regardent, se complètent et se répondent.

Un art de la traduction

L’alphabet hébreu multimillénaire s’offre à la calligraphie et à l’art de la guematria, conjugaison des valeurs numériques des lettres. Avec les mots et les phrases, les lettres tracent le langage et transmettent le monde des hommes. « A partir de trois formes -point-ligne-plan- qui peuvent se combiner et donner toutes les autres, cet alphabet fait écho à l’art abstrait » explique Marc-Alain Ouaknin. Comme la peinture, l’alphabet et le texte se détachent de la forme pour devenir sensation et déclencher l’émotion par la densité presque palpable de l’hébreu.

Couleurs et formes

Les peintres abstraits se sont focalisés sur les couleurs pour les faire devenir narration et les articuler à la ligne. Seurat, Matisse, Léger, Mondrian, Picasso, Braque, Kandisky, Delaunay, Malevitch, Klee et tant d’autres figurent ici. En tout 72 artistes qui ont su imposer à l’aube du 20e siècle, une peinture intellectuelle et subtile qui attire l’attention sur la lumière, les formes et l’espace pour interpréter les bouleversements du monde.

La déconstruction, la non-figuration, font écho à l’espérance du texte biblique. Marc-Alain Ouaknin serait-il un de ces artistes avant-gardiste qui nous aide à découvrir une nouvelle manière d’appréhender le monde et ses origines et de déconstruire des préjugés ? Pour comprendre le monde à l’aune de ses histoires fondatrices et d’y poursuivre sa propre quête dans un voyage à travers les langues, l’art, la matière…?

Photo by Steve Johnson Pexels

Lire c’est accepter de s’extraire, de contempler, de prendre le temps. « L’Abstraction dit le silence » murmure Diane de Selliers. Ainsi, « lire offre une approche au monde plus personnelle, plus sensible et plus libre » comme le décrit l’association SOL « Silence on Lit » qui milite pour la redécouverte de la lecture collective silencieuse. Elle invite à un quart d’heure de lecture dans des établissements comme on offre une minute de silence, de recueillement, d’introspection, d’attention. Une explosion silencieuse partagée à travers la lecture pour transmettre culture, respect et amour de la langue et de la littérature.

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Par Delphine Yagüe
Delphine YAGÜE a créé CulturistiQ Laboratoire culturel en 2016.

Elle combine une double approche en marketing et en histoire des sociétés et religions, de belles expériences dans la gestion de projets culturels et touristiques et une âme de voyageuse.