Storytelling culturel et solidaire Troyes positive avec Emile

Deuxième confinement. Une opportunité pour communiquer?

La crise actuelle, sanitaire, économique, sécuritaire, climatique est un véritable tsunami. La confiance générale se dégrade. Personne n’échappe à la situation qui engendre perte de repères et crainte pour l’avenir. On parle d’une « troisième vague » qui pointe, sous-jacente à la crise économique et sanitaire : celle de la santé mentale. Détresse psychologique, déprime, vision négative… Comment donner envie d’aller de l’avant dans ce contexte délétère et incertain, à défaut de pouvoir réenchanter le quotidien ?

C’est la question que s’est posée CulturistiQ. Comment être créatif pendant cette période noire, proposer du lien, conserver le dialogue avec ses publics, sur un mode collaboratif décalé et personnalisé qui apporte du réconfort ou en tout cas un peu de légèreté dans cette situation anxiogène ?

CulturistiQ imagine alors de nourrir son public d’une expérience culturelle positive et locale qui a fait ses preuves, en créant un storytelling autour d’une pépite troyenne : Emile Coué. Enfant du pays né au 19e siècle, il a proposé en son temps, des solutions toujours d’actualité, pour combattre la morosité. Emile Coué n’a pas laissé de trace à Troyes. Le moment est idéal pour faire revivre ce personnage ingénieux et avant-gardiste et remettre son histoire à la une, en proposant une action originale sur les réseaux sociaux.

Emile? Connais pas

Emile Coué est un pharmacien né à Troyes le 28/02/1857. Il est l’inventeur de la Méthode Coué mondialement connue qui consiste à guérir ou retrouver confiance en soi grâce à l’autosuggestion : imaginer que tout est possible et voir les choses positivement. Son mantra : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ». Il est le précurseur de la pensée positive. Il explique que l’imagination prime sur la volonté et avoir des pensées positives est plus important que simplement vouloir que la situation s’améliore. Sa méthode consiste à se répéter vingt fois par jour un mantra personnalisé pour se donner plus de chance d’aller mieux dans tous les domaines : dépression, trac, stress, maladie…

En s’appuyant sur cette histoire locale, CulturistiQ impacté de plein fouet comme tant d’autres, a décidé de prendre le contrepied de la réalité pour en imaginer une autre, à force de mantras, pour s’automotiver selon la méthode d’Emile. Troyen comme Emile, ce projet est un clin d’œil culturel au pharmacien troyen optimiste et créatif. L’idée est double :

  1. Raconter et redorer l’histoire d’Emile Coué, invisible à Troyes et en France de manière générale.
  2. Mettre de l’humain dans cette situation de crise en rassemblant les troyens (aubois et autres) derrière Emile Coué pour leur redonner de l’espoir et insuffler un élan positif.

La méthode CulturistiQ

Il ne s’agit pas d’évoquer des recettes miracles new-age, ni les postulats de la psychologie positive qui inondent notre société d’un « droit absolu au bonheur », mais de parler simplement d’un devoir d’auto-détermination, d’une capacité à se prendre en main, pour avancer malgré les difficultés, se renouveler et croire que des solutions sont possibles. Le concept se pose comme un acte de résistance face aux aléas, malheurs, obstacles que nous traversons, pour ne pas désespérer (ou moins désespérer…). En d’autres termes : la possibilité d’appréhender les difficultés au travers d’un prisme nouveau et se persuader que tout peut s’améliorer.

Altruiste, simple, généreuse, la méthode Coué parle à tous. CulturistiQ a donc pensé qu’elle s’appliquait de manière très pertinente à ses publics aujourd’hui. Aussi depuis mi-novembre, CulturistiQ poste deux informations quotidiennes sur Instagram :

  • Des informations historiques pour proposer un storytelling autour d’Emile, et de partir en quête de l’histoire de cet homme sous la forme d’une enquête qui s’ouvre peu à peu sur le personnage
  • La diffusion quotidienne de bonnes pratiques, mantras ou conseils de troyens selon la Méthode Coué, mis en scène sur des stories Instagram.

A heure fixe, chaque jour, cette nouvelle forme de contact solidaire vient raconter l’histoire d’Emile, et proposer parallèlement des mantras interactifs de troyens. Chaque « mantra » est diffusé dans une présentation homogène, colorée, impactante avec l’utilisation de Hashtags : #TroyespositiveeavecEmile #Confinement2 #TroyesMéthodeCoué #TroyensRésistants&Optimistes

CulturistiQ récupère les mantras de son public et les diffuse. Chacun apporte sa touche d’optimisme. Chaque prise de parole des troyens est accompagnée d’un prénom et d’un métier.

Acte de naissance d’Emile Coué. Archives Ville de Troyes

« Marchand de bonheur ». Pas magicien

Ce projet a révélé une grande méconnaissance du personnage localement alors qu’il a vécu à Troyes de 1857 à 1902. Tous les troyens interrogés connaissent la méthode Coué. Peu savent qu’il est troyen… Fils d’une famille noble d’origine bretonne, il nait au 80 rue Croncels sous le nom de Emile Francisque Exuperte Coué de la Châtaignerie. Son père est employé aux chemins de fer. Il n’a pas les moyens de payer les études de chimiste dont rêve son fils, qui optera pour des études de pharmacien effectuées à Paris. A son retour en 1882, il ouvre une officine boulevard Danton, puis s’installe rue Thiers (actuelle rue du Général de Gaulle). Très peu d’informations sont consultables. Aucune mention ne figure sur les lieux. Il n’existe pas de statue, ni de square Coué. Seule une rue dans le quartier des Ecrevolles rappelle sa mémoire. A Nancy, où il poursuit sa vie à partir du début du 20e siècle avec son épouse, son histoire est mieux valorisée. C’est là qu’il crée son école de pensée en 1910. Il vit rue Jeanne d’Arc. C’est de là qu’il rayonne auprès du corps médical et en particulier dans les pays anglo-saxons où il voyage sans relâche. Il fonde les instituts Coué en France, à New York, en Angleterre, à Berlin et en Belgique. Pendant des années, il reçoit gratuitement dans une pièce de sa maison, des dizaines de patients par jour, qui viennent le consulter. Il leur offre généreusement les outils qui leur permettront d’être soulagés de leurs maux et difficultés, en précisant bien que chacun a le pouvoir de s’auto-persusader. Et qu’il n’est en aucun cas ni magicien, ni guérisseur.

La diffusion de mantras par des troyens est un clin d’œil à Emile : une action collaborative pour s’entraider, tenter d’aller mieux et alléger le fardeau et la pression actuels. Elle connaît un fort taux d’engagement. Il est prévu de poursuivre la diffusion des mantras jusqu’à fin décembre 2020. Cet engouement révèle un véritable besoin d’échanger, d’être écoutés dans un contexte où les relations sociales sont distendues et les rencontres, les retrouvailles, les épaules compatissantes ne sont plus à l’ordre du jour. Il ne reste que les « mots doux » pour donner de l’espoir…

Article du Petit Troyen 7/7/1926

Solidaire, le concept utilise le patrimoine culturel local pour transmettre une énergie positive. Il fait partie des nombreuses initiatives qui ont émergé depuis mars dernier parmi les acteurs de la culture, pour se réinventer et garder du lien avec leurs publics. Pédagogique et ludique, il fédère et permet aux habitants de se sentir plus acteurs de la situation en s’identifiant à un symbole positif – local de surcroît, tout en apportant des éléments culturels sur l’histoire de la méthode et de son créateur. Dans sa continuité, CulturistiQ a pour projet de lancer à terme, un projet d’exposition et pourquoi pas un parcours culturel autour d' »Emile » avec la collaboration de plusieurs partenaires.

Emile s’éteint le 2/07/1926 à Nancy. C’est à cette période que sa méthode connait son apogée. Car comme l’évoque l’historien Hervé Guillemain, il s’agit finalement une thérapie gratuite de développement personnel particulièrement bienvenue en période de crise. Traduite dans plus de 20 langues et tirée à 300000 exemplaires, elle fait du pharmacien, un héros aux Etats-Unis. Après la seconde Guerre mondiale, sa méthode est critiquée, discréditée par son manque de fondement scientifique en France. Pourtant, depuis le début des années 2000, à Nancy, un mouvement s’organise pour remettre Emile à l’honnneur.

Pour aller plus loin, parmi les nombreuses publications de la méthode Coué et sur l’histoire d’Emile :

Astra, Paris, 1976

Partager cette page
Par Delphine Yagüe
Delphine YAGÜE a créé CulturistiQ Laboratoire culturel en 2016.

Elle combine une double approche en marketing et en histoire des sociétés et religions, de belles expériences dans la gestion de projets culturels et touristiques et une âme de voyageuse.