Histoire, culture & tourisme, un lien parfois douloureux mais constructif

Cape Coast – image Pixabay

A l’heure où le Ghana inaugure son premier Full Circle Festival qui marque la commémoration des 400 ans du début de la traite des esclaves, le Museum of London Docklands propose une exposition sur le financement de la création des institutions culturelles européennes grâce à la manne du commerce triangulaire qui, au 19e siècle, a contribué à la construction de bâtiments, musées, galeries d’art… Un premier regard proposé sous la forme d’un parcours organisé à Londres qui met le doigt sur ce lien souvent invisible.

Organisée à grande échelle au départ des côtes africaines atlantiques, la traite des esclaves a laissé de nombreux vestiges au Ghana comme en attestent les forts construits par les européens entre le 15e et 18e siècles pour servir de comptoirs commerciaux, qui sont devenus par la suite des lieux de séquestration et d’organisation du commerce humain. Entre le 16e et le 19e siècles, les ports atlantiques de la Sénégambie et ceux d’Afrique Equatoriale en passant par la Sierra Leone et la Baie du Bénin ou du Biafra, ont fait migrer au total près de 13 millions d’africains sur le continent américain. Des migrations forcées à une échelle depuis non égalée! Un traumatisme pour les captifs mais aussi pour ceux qui restent, et qui conduit aujourd’hui leurs descendants à une véritable quête d’identité culturelle.

Avec l’instauration du tourisme mémoriel dans lequel le Ghana et d’autres pays africains investissent, une porte s’ouvre vers un travail de résilience et une démarche pour comprendre, reconnaître et accepter l’histoire. Un important travail de valorisation du patrimoine et de mise en tourisme qui permettra de lever les tabous, d’étudier et de se réapproprier cet héritage culturel et de profiter d’un développement économique lié au tourisme.

Suite à une ultime demande du Bénin en 2018 et à l’élaboration du rapport Savoy-Sarr, 2019 marquera parallèlement les premières négociations concernant la restitution de biens du patrimoine africain, conservés jusque-là dans les musées européens, et qui portent la mémoire d’un patrimoine et d’une histoire. Une initiative qui a fait bouger les lignes et concerne dorénavant des demandes émanant de nombreux pays africains en quête de réappropriation identitaire et culturelle.

http://afrique.lepoint.fr/culture/ghana-la-diaspora-africaine-en-quete-de-reconnexion-avec-la-terre-des-ancetres-14-01-2019-2285478_2256.php#xtor=RSS-221 Avec le Full Circle Festival, le Ghana a lancé les manifestations officielles de « l’année du retour » initiée…

 

 

D’un patrimoine remarquable à une valorisation patrimoniale globale

La Cité du vitrail de Troyes vient de fermer temporairement ses portes ce 31 décembre pour plusieurs mois de travaux d’agrandissement. Ces derniers jours il était encore possible d’y admirer de très près, certains vitraux remarquables du 16e siècle appartenant à l’église Saint-Pierre-ès-Liens provenant de la petite ville d’Ervy-le-Châtel située dans le sud de l’Aube.

Parmi eux, la splendide verrière des Triomphes de Pétrarque qui reviendra bientôt prendre sa place dans l’Eglise d’Ervy. Une église qui termine également une mue de plusieurs années de restauration. Les ornements qu’elle dévoile à présent sont émouvants : des clés de voute aux détails des sculptures, tous ses trésors ont été redorés avec une grande finesse par les restaurateurs. Ils sont encore d’autant plus visibles que l’échafaudage en place permet presque de les effleurer du doigt.

Les autres vitraux, celui de Christine de Bolsène – dont on retrouve l’histoire dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine – , ou l’histoire de Tobie, font également partie des merveilles d’Ervy. Tous ces vitraux ont été restaurés par la Manufacture Vincent-Petit, après une série de restaurations fin 19e siècle et début 20e.

La petite ville fortifiée d’Ervy compte environ 1200 habitants. Energique et volontaire, elle a entrepris depuis plusieurs années, un programme global de mise en valeur de son patrimoine. La connaissance du patrimoine du vitrail, qui fait toute la fierté de la ville, a été rendue possible grâce à l’ouverture en 2015 de l’incroyable Maison du vitrail d’Armance, installée dans un bâtiment pour le moins incongru : l’ancienne prison de la ville ! Chaque cellule accueille une partie du circuit de visite sur la fabrication du vitrail, ainsi que de très belles expositions temporaires, comme celles des travaux de d’Henri Guérin ou de Raphaëlle Mathis. Un atelier en résidence flambant neuf ouvrira ses portes aux artistes dès 2019 pour encourager la créativité dans un souci de transmission. Parallèlement au vitrail, Ervy s’appuie sur son cœur de ville, ancien bourg fortifié circulaire du 13e siècle dont l’une des portes d’accès subsiste, la dernière dans l’Aube. Une halle circulaire à pans de bois datant du début du 19e siècle a également été réhabilitée et accueille concerts et expositions ainsi que l’Office du Tourisme.

La cité rayonne à travers le réseau des Petites cités de caractère. On y déambule par des ruelles qui surplombent la vallée d’Armance. Proche du Pays d’Othe, le cidre y pétille et chaque année début août, un festival médiéval bat son plein animé par les habitants et plusieurs associations.

Un bel exemple de patrimoine authentique bien ancré dans son territoire, développé de manière cohérente et valorisé par ses habitants qui le font vivre dans leur quotidien.

Les frontières poreuses-heureuses entre Art et Littérature

En octobre 2018, la maison d’édition Diane de Selliers publiait Les triomphes de Pétrarque, mis en valeur grâce au patrimoine étonnant, foisonnant et parfois unique des vitraux de l’Aube, comme c’est le cas de ce vitrail d’Ervy le Châtel qui reprend la thématique des Triomphes sur verre. Ce livre est une véritable rencontre poétique entre littérature de la Renaissance et savoir-faire artisanal des peintres-verriers champenois, l’apanage de Diane de Selliers qui aime faire se cotoyer les deux mondes. Ce plaisir des sens qu’offre le beau livre, ici admirablement souligné par des photographies qui permettent une lecture de chaque détail des vitraux choisis, fait de lui un objet parfait, pérenne, qui titille l’esprit et la curiosité. Du beau chez soi et l’envie d’ailleurs pour découvrir d’autres lieux d’art et d’histoire.

https://culturebox.francetvinfo.fr/livres/beaux-livres/les-triomphes-de-petrarque-illustres-par-le-vitrail-de-l-aube-au-xvie-siecle-281219 Les « triomphes », célèbres poèmes d’amour de Pétrarque illustrés par…

Le numérique, soutien du patrimoine

Connaissance des Arts nous offre quelques exemples des plus récentes innovations numériques qui valorisent le patrimoine. A découvrir in situ!

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